Critique Agnès Grey, Anne Brontë

J’ai décidé de lire Agnès Grey sur un coup de tête et bien souvent, mes envies subites se soldent par de belles réussites et, en l’occurrence, de très bons moments de lecture.

Lire Anne Brontë quand on a en tête les deux grandes œuvres de ses sœurs, c’est compliqué. On a beau avoir les meilleures intentions du monde, on ne peut pas s’empêcher de se demander si le talent de la troisième frangine était également notable. Après tout, j’avais le droit de me poser la question non ? Car si tout le monde connaît Jane Eyre ou les Hauts de Hurlevent, au moins de nom, je n’ai pas l’impression que les romans d’Anne soient aussi populaires auprès du grand public.

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Ces premières considérations évanouies, je me suis tout simplement concentrée sur l’œuvre. Contrairement à ses sœurs, Anne Brontë n’a pas choisi un contexte dramatique pour écrire son premier roman. Pas de femme enfermée au dernier étage, pas de demeure lugubre pleine de secrets, pas d’amoureux éperdu qui traverse la lande pour aller déterrer le corps de sa bien-aimée. Non non. Nous suivons le quotidien d’Agnès Grey, une jeune femme vivant dans une famille unie, mais pauvre. A 19 ans, Agnès choisi de se faire gouvernante pour aider ses parents et après une première expérience plutôt catastrophique chez les Bloomfield, Agnès débarque finalement dans la famille Murray. Elle aura deux élèves à instruire : Rosalie, l’aînée et Mathilde.

Outre le fait que j’avais envie de découvrir la plume de l’auteur, j’étais assez enthousiaste à l’idée de me plonger dans cette histoire de gouvernante. Parce que oui. J’aime les histoires de gouvernante. De ce point de vue là, j’en ai eu pour mon argent. Anne Brontë a elle-même occupé cette fonction et n’a donc certainement pas eu de mal à nous dépeindre le quotidien de ces femmes vouées à l’éducation des enfants.

Bien sûr, je ne vous ferai pas le topo habituel sur la difficulté d’être gouvernante, un statut qui te place au dessus du domestique de base mais qui ne t’élève quand même au niveau d’un membre de la famille. Du coup, nos chères gouvernantes étaient souvent bien seules au monde et généralement cloitrées avec les gamins tout au long de l’année. Vous allez me dire que c’était leur job et vous aurez raison. Néanmoins l’insolence des enfants et la condescendance des parents sont autant de choses dont Agnès Grey se serait bien passée.

Évidemment, Agnès ne serait pas une héroïne de ce nom s’il n’y avait pas le vicaire Edward Weston. Décrit comme très bon, très impliqué, notamment auprès des plus pauvres, il est un peu l’opposé de M Hatfield dont il est le suppléant. Agnès et Edward vont se croiser une poignée de fois durant le temps où Agnès sera gouvernante chez les Murray mais leur romance, à peine esquissée, restera toujours dans les limites de la pudeur. Il y a beaucoup de délicatesse et de douceur dans les sentiments exprimés dans ce roman. De par sa timidité et son manque de confiance en elle, Agnès peine à montrer à Edward qu’elle est intéressée par sa personne, ce qui n’aide pas aux épanchements littéraires (parce que oui, je ne l’ai pas dit mais le récit est à la 1ère personne : Agnès nous raconte son histoire).

J’ai bien aimé Agnès, je l’ai trouvé en bien des points touchantes mais je l’ai quand même trouvé un peu trop moralisatrice, un peu trop bigote et finalement, pas forcément inoubliable. Le récit d’Anne Bronte reste très prosaïque, sans événement particulier ni grand drame mais il est suffisamment court pour ne pas nous ennuyer. M’en restera une impression de douceur et de contentement car oui, malgré quelques bémols, j’ai particulièrement apprécié cette lecture.

 

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16/91

J’ai lu ce livre dans le cadre de mon challenge perso « Je vide ma PAL »

9 comments

    • Audrey says:

      La Dame du manoir de Wildfell Hall est un peu plus connu je crois. Et encore.
      Faut croire que ses deux sœurs ont un peu pris le dessus sur Anne, du moins à notre époque. Je sais qu’à sa sortie, Jane Eyre a connu un plus grand succès que les œuvres de ses sœurs. Un succès qui ne se dément pas aujourd’hui vu les nombreuses adaptations qu’il y a eu ^^

  1. Kitsy says:

    C’est pareil, je ne l’ai pas lu parce que je me demande si la troisième frangine sera à la hauteur XD. Et difficile d’égaler les chefs d’oeuvre des deux autres ! Mais je le lirais quand même, ne serait ce que parce que ça reste une Brönte (quelle famille fascinante, j’aurais adoré prendre le thé avec elles !)
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