Critique A moi seule

J’ai un peu de mal avec Agathe Bonitzer, voilà pourquoi je n’étais pas hyper enthousiaste en voyant le casting de A moi seule. J’avais bien compris qu’elle en était le personnage principal mais… dès les premières secondes du film, dès le générique du début même, j’étais persuadée que j’allais aimer ce film malgré sa présence. Et j’ai aimé, notamment grâce à elle.

A moi seule raconte l’histoire de Gaëlle qui va vivre pendant 8 ans sous la maison de Vincent, son ravisseur. Cet homme solitaire la récupère un beau jour, à la sortie de l’école et décide de la garder dans sa maison, à l’écart du monde et des regards. Dès le départ, il est clair : il ne lui fera jamais de mal. Il fera en sorte qu’elle soit bien. Il ne sera pas violeur. Il ne sera pas violent et passera sa colère sur les meubles du salon plutôt que sur elle. Elle qui oscille entre la peur et la provocation. L’amour et la haine. Qui accepte les remontrances mais qui est également capable de lui foutre une paire de baffes, si besoin est…

Le film est construit de manière complexe, entre passé et présent. Il est parfois difficile de savoir à quel moment de l’histoire on se trouve, la réalisation collant parfaitement à l’état d’esprit de la jeune femme qui mélange les époques et les histoires, qui revient dans le passé pour mieux comprendre son présent. On suit son rythme, ses errances et on s’accroche à ses espoirs, à cette envie de se reconstruire malgré tout. Les retours en arrière ne sont jamais pesants, bien au contraire : ils éveillent encore plus notre intérêt.

Bien sûr, le thème de A moi seule est terrible et rappelle certaines histoires vraies, celles de ces filles qui disparaissent et qui vivent en parallèle des autres, enfermées par des hommes qui les retiennent prisonnières. L’envie de s’enfuir, l’étouffement, les rapports ambigus avec son ravisseur… tout cela m’a rappelle un livre que j’ai lu il y a quelque temps, Room. Sauf que ce dernier, par la force des mots sans doute, m’avait semblé beaucoup plus sordide.

Car dans A moi seule, l’héroïne est toujours présentée comme une jeune fille qui dominerait presque la situation. C’est étrange. Elle n’est pas vraiment traitée comme une victime même si certaines scènes nous rappellent qu’elle l’est.   Il n’y a pas de pathos ou de misérabilisme. Le contenu n’en reste pas moins terriblement dérangeant, troublant et délicieusement complexe alors qu’il aurait pu être manichéen et sans subtilités.

Dans ce film, la finesse de l’approche psychologique est donc à souligner mais elle prend toute la place au détriment de ce qui aurait pu être le cœur de l’histoire : l’émotion. Le ton était un peu trop froid et scientifique à mon goût mais je garde malgré tout un avis très positif sur ce film.

2 comments

    • petiteconne says:

      Il est franchement intéressant donc je te le conseille vivement. On peut ne pas accrocher, c’est vrai, mais on peut difficilement le détester pour autant.

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