Critique 37°2 le matin, de Philippe Djian

« Quand j’ai reçu la sixième lettre de refus d’un éditeur, j’ai compris que mon bouquin serait jamais publié. Mais ça, Betty l’a pas compris. Une fois de plus, elle est restée pendant deux jours sans desserrer les dents, le regard sombre, et tout ce que je pouvais lui raconter servait à rien, elle m’écoutait pas. À chaque fois, elle avait remballé mon manuscrit sur-le-champ et l’avait renvoyé à une nouvelle adresse. Comme ça, c’est parfait, je me disais, c’était un peu comme prendre une carte d’abonnement pour la souffrance, boire le poison jusqu’à la lie. Bien sûr, je lui disais pas et mon beau roman continuait à prendre du plomb dans l’aile. Mais je me souciais pas pour lui, je me souciais pour elle. Comme elle avait renoncé à barbouiller tous ces gens-là en rouge, je m’inquiétais de pas la voir recracher la fumée. »

 

J’ai découvert 37°2 le matin (le film, Béatrice Dalle, Jean-Hugues Anglade) à 21 ans. Cette histoire d’amour érotique, passionnée, délirante et dramatique m’a fortement marquée. Un vrai choc. Une tuerie. Un vrai bonheur triste. Je me suis donc plongée dans le livre qui avait permis de tirer un si bon film, celui de Philippe Djian et j’ai (en toute logique) également adoré car l’adaptation (version longue) avait très bien traduit l’ambiance du roman (qui lui est quand même supérieure, faut pas déconner).

Entre temps, j’ai prêté ce livre à une fille de ma connaissance avec qui j’ai perdu contact et qui, malgré mes demandes répétées, n’a jamais voulu me rendre mon livre. J’imagine qu’elle a fait un feu de camp avec. Qu’importe. Je l’ai donc acheté à nouveau (je suis plus à ça près, une autre personne m’avait pris plusieurs Boris Vian pour ne jamais me les rendre… moralité : ne plus prêter de livres aux garces) mais il a fallu attendre cet été pour que je me plonge à nouveau dedans. Deux jours après, je l’avais déjà terminé.

Le narrateur (pas de nom dans le livre mais Zorg dans le film), 35 ans et Betty, 29 ans, se sont rencontrés par hasard. De cette rencontre est née une passion dévorante. Pour lui, elle est la plus belle, la plus sexy, la plus magique des femmes. Pour elle, il est le grand écrivain de ses rêves, celui qu’elle cherchait, celui qu’elle veut aduler. Un beau jour, elle débarque avec ses deux valises et s’installe chez lui. Ils vont vivre un peu plus d’un an ensemble, une année pleine de rebondissements, de heurts, de cris…La faute à Betty l’obstinée, l’imprévisible…la folle.

Impossible de ne pas craquer sur ce couple improbable constitué d’un mec un peu paumé, qui n’aspire qu’à la tranquillité et à la solitude et de cette jeune femme un peu tarée sur les bords qui veut sans cesse que ça bouge, éternellement insatisfaite, courant après un bonheur qu’elle ne trouve dans rien. L’écriture de Djian se veut cette fois encore très dynamique, très proche du style oral tout en étant plus « rangée » et donc beaucoup plus lisible que dans Bleu comme l’enfer.

Si l’histoire tourne toute entière autour du couple, ces derniers n’évoluent pas totalement en vase clos. Des personnages secondaires ponctuent donc tout le roman : les connaissances du narrateur, puis la sœur de Betty, l’épicier… Ils ont tous un intérêt, tous une vraie personnalité ce qui les rend vivants et là encore, complètement crédibles. En refermant le bouquin, on a presque l’impression de les avoir connus pour de vrai. Les nombreux changements de décors donnent également beaucoup de vie à l’histoire qui n’aurait pas eu la même saveur sans ces départs successifs.

Dans 37°2 le matin, j’ai forcément aimé Betty mais encore plus le narrateur, homme blessé mais sans cesse en quête d’un lot de consolation pour sa belle, constamment à fleur de peau. C’est un très beau portrait masculin qui nous est raconté là. Impossible de continuer à blablater là-dessus, si vous ne l’avez pas encore lu : lisez-le ! Mais y a pas moyen, je ne vous le prêterai pas ! 😉

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