Critique 1-Vernon Subutex, de Virginie Despentes

J’ai découvert Virginie Despentes il y a peut-être 10 ans, avec Les jolies choses (magnifique) puis Baise-moi (trash et violent), Bye bye blondie (bof)…et ainsi de suite jusqu’à Apocalypse bébé il y a 3 ou 4 ans, un roman surprenant et bien plus abouti que les précédents. On était plus vraiment dans la provocation (gratuite) comme dans Chiennes savantes ou Mordre au travers. Certes, les personnages restent sulfureux, il y avait du sexe et de l’homosexualité mais l’histoire prenait une autre dimension. Dans Vernon Subutex, tome 1, c’est pareil. On retrouve la « patte Despentes », le rock, les gouines, des personnages marginaux…qui ont, pour la majeure partie, entre 40 et 50 ans. Oui, Virginie a vieilli et ses personnages aussi.

L’histoire : pendant 25 ans, Vernon a été disquaire à Paris. Un disquaire connu et apprécié par beaucoup. Les années 2000 l’ont conduit à la faillite : il a fermé boutique. Maintenant, il a 50 ans. Pendant un temps, Vernon a survécu. Il a vendu plein de choses sur ebay et puis il s’est fait payer son loyer par Alex Bleach, un pote de longue date, un pote aussi malheureux dans la vie que célèbre. Maintenant, Alex est mort, suicidé et Vernon se retrouve avec un enregistrement posthume, que lui a confié ce dernier avant de mettre fin à ses jours.

En gros, au début du roman, Vernon se retrouve subitement à la rue, avec quelques affaires et le fameux enregistrement. Alors qu’il avait fait le mort pendant plusieurs années, seul dans son appart, Vernon se retrouve obligé d’aller taper à toutes les portes pour trouver un hébergement. Pour une nuit, ou plus. L’occasion de repartir sur les traces de son passé et surtout, de voir que le temps n’a épargné personne…

Dans Vernon Subutex, Virginie nous raconte la société d’aujourd’hui. La société actuelle, vue du mauvais côté du miroir. C’est-à-dire vue du côté des marginaux, de ceux qui n’ont pas vu le temps passer, ceux qui jadis étaient punks ont plongé dans la précarité et sont aujourd’hui rejetés. Enfin, pas tous ! Sous prétexte de balader son personnage, Virginie nous fait pénétrer dans tous les milieux. Les riches, les moins riches.

Vernon Subutex est un livre-patchwork. Un faux polar. Les personnages de Despentes sont tous abattus mais rassurez-vous, le livre n’est pas triste pour autant. C’est nerveux, ça fourmille, c’est original, dur, tranchant, parfois cynique, parfois drôle et surtout TOUJOURS TRES HUMAIN. Bref, génial quoi !

Totalement séduite alors ? Et bien…pas tout à fait pour autant.

Tout au long du bouquin, nous passons d’un personnage à un autre. Constamment. Là où beaucoup de romanciers se contentent de nous faire circuler entre deux ou trois personnes, chez Despentes, ils sont des dizaines. Il y a Vernon, Sylvie, la Hyène, Xavier, Laurent, Pamela Kant et j’en passe. Ils ont TOUS un lien avec Alex Bleach ou au moins avec Vernon. Ils se sont généralement connus dans leur jeunesse. Ok. On peut s’en amuser. Le récit y gagne et y perd beaucoup en même temps. Déjà parce que tous les personnages ne m’ont pas forcément plu et puis parce que c’est agaçant de les laisser constamment en plan. J’aurais adoré rester aux côtés de Vernon constamment. A peine l’avais-je rencontré que, déjà, on m’en séparait.

Vous voyez un peu ce que je veux dire ?

Il y aurait encore 2 tomes après celui-là. Je ne sais pas trop ce que cela va donner sur le long terme. Mais il est évident que je prendrai le temps de les découvrir. Vernon Subutex n’est pas sans défauts mais il a le mérite d’être ambitieux.

2 comments

  1. Aurore says:

    Ce résumé donne envie de plonger dans l’univers de ce personnage au nom étrange ! Je crois que je n’ai rien vu d’elle, je e rattraperais bien, surtout sur « les jolies choses » dont je me rappelle la chanson phare !

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